L’accompagnement morcelé

De manière un peu simplifiée, il existe 2 visions des soins périnataux, qui découlent eux mêmes de 2 visions du corps de la femme et du sens que l’on donne à la naissance.

D’un côté, il y a une vision centrée sur la femme, basée sur une médecine humaniste, liant intimement corps et esprit. Le postulat de cette vision est que la grossesse et l’accouchement sont des étapes normales dans la vie d’une femme, des processus sains. Il en découle la croyance que mère et bébé sont indissociables et que satisfaire les besoins physiologiques et affectifs de la mère ne peut que réduire les risques. Cette croyance a d’ailleurs été confirmée par différentes études dont une qui a déterminé que si cette approche est suivie, 85 à 95% des grossesses dites « normales » se terminent par une naissance sans intervention médicale. Cette approche dite « physiologique » a aussi comme caractéristiques une absence de normalisation de l’accouchement en laissant la femme libre de son temps, de bouger, de manger, de boire… et une approche du geste médical vu comme inapproprié, sauf s’il est nécessaire.

La 2de approche est beaucoup plus récente. Elle est née avec la révolution industrielle et se base sur une vision d’un corps-machine, avec ses défauts, et séparé de l’esprit. La grossesse et l’accouchement sont appréhendés comme une maladie et nécessitent donc une médicalisation des processus pour prévenir toute pathologie, certaines interventions étant même jugées comme nécessaires pour tous les accouchements (protocoles). L’accouchement n’est alors considéré sans danger qu’a posteriori. Cette approche est dite « technico- médicale ».

Ces visions paraissent assez claires et antagonistes de prime abord mais elles ne sont parfois pas si faciles à distinguer, les frontières étant parfois très minces.

La 2de vision, plutôt mécaniste, a commencé à engendrer le morcellement du suivi de la grossesse : 1 personne pour le côté médical, 1 autre pour le « reste ». Puis le médical et le « reste » se sont eux aussi morcelés : d’un côté, gynécologue, sage femme, échographe, infirmier… de l’autre, sophrologue, chant pré natal, yoga, haptonomie…

Les femmes ont ainsi un nombre croissants d’interlocuteurs, spécialistes chacun dans leur domaine. Une femme enceinte peut par exemple être suivie par un gynécologue (s’il n’est pas obstétricien, il « passera la main » à 6 ou 7 mois de grossesse), par un infirmier pour des examens mensuels, par un échographe pour les 3 échographies « classiques », par une sage femme  (souvent plusieurs) à la maternité pour la préparation à la naissance, par une autre personne (voire 2 ou 3) pour des préparations spécifiques (yoga, chant prénatal…).  A chaque fois, la femme doit alors se raconter de nouveau… ou souvent, elle choisit de se taire, fatiguée de redire son histoire à des personnes qu’elle ne reverra peut être pas.

L’accompagnement global reste rare dans notre pays. Quelques sages femmes libérales assurent des AAD (Accouchement à Domicile), d’autres ont parfois accès à des plateaux techniques en maternité mais cela n’est pas courant.

Alors, quelle place pour une doula ?

La doula n’ayant pas de compétences médicales, son accompagnement ne peut être qu’en complément d’un suivi médical… alors,  est il vraiment nécessaire d’avoir une nouvelle intervenante ?

Une femme enceinte se retrouve souvent seule face à ses questions, ses doutes, ses angoisses. Malgré un entourage qui peut être bienveillant, il n’est pas toujours facile d’exprimer des émotions, de poser des questions à un professionnel de santé, son conjoint, sa mère, une amie… Une doula, par son expérience et sa formation, accompagne sans jugement. Elle est un soutien, une ressource, un guide qui épaule pendant les bourrasques et les orages. Elle offre un espace d’écoute. Elle montre les chemins possibles pour redevenir actrice de sa grossesse, de son accouchement et retrouver/découvrir sa  place de femme et de mère.

Alors, non, ce n’est pas simplement une personne en plus. Elle peut être votre point d’ancrage pour vous ressourcer, votre grand sac dans lequel vous pouvez déverser vos peurs, vos doutes, vos colères, et une main qui vous soutient sur votre chemin. 

Je laisse le mot de la fin à une jeune femme que j’ai eu la joie d’accompagner et qui m’a fait l’honneur d’écrire ceci :

 » (…)  je souhaite à toute femme la chance d’avoir un jour à leur côté une doula qui leur permettra de se sentir unique, importante, femme, qui l’accompagnera, la conseillera, et la soutiendra durant cette magnifique période. »  Tout est dit ! 

 

 

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